Les secrets des millésimes de Champagne

Un Champagne millésimé est un Champagne qui est uniquement assemblé à partir des vins d'une même vendange et donc d'une même année. Il s'agit d'une récolte exceptionnelle où les cépages Chardonnay, Meunier et Pinot Noir ont connu d'excellentes conditions pour donner le meilleur des raisins. Un millésime peut donc porter sur tous les types de Champagne : Bruts, Blancs de Blancs, Rosés... Chaque année étant différente, nous avons voulu vous en apprendre un peu plus sur ces Champagnes si particuliers. Nous avons donc fait appel à nos vignerons Guy Charlemagne, Jean Michel et Soutiran, ainsi qu'au Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne pour vous procurer un article complet sur les millésimes et vous expliquer ce qui rend ces Champagnes si uniques. Quelles sont les particularités de ces millésimes de Champagne ?

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A la recherche du raisin parfait :

Un millésime est avant tout une question de raisin et de terroir ayant bénéficié d'excellentes conditions climatiques.

Une matière première exceptionnelle :

Le vigneron a le libre choix d’élaborer un millésime ou non, en fonction de la qualité des raisins : un état phytosanitaire très satisfaisant, sans attaque de maladies. C’est aussi une année que l’on pense relativement mature, qui a bénéficié d’un bon ensoleillement surtout aux mois de juillet et d’août. Il y a donc un équilibre sucre-acide très satisfaisant.

« La maturité se fait pendant le mois d’août, donc s’il est plutôt sec avec une très belle maturité du raisin, on peut très probablement faire un millésime. Cela dépend vraiment des aléas climatiques, pour éviter toute dégradation de la récolte, mais aussi d’une belle maturité, avec un très bon équilibre sucre-acide. » - Philippe Charlemagne

Une question de terroir :

Si l'on prend la récolte 2015, suivant les secteurs, les vins vont être plus ou moins expressifs. La qualité n'est donc pas identique sur tout le territoire champenois, les terroirs ne réagissant pas tous de la même façon en fonction du sol et de l’exposition notamment. De même, les cépages ne vont pas présenter les mêmes caractéristiques, ni la même maturité. De ce fait, chaque vigneron décidera lui-même des années à millésimer.

De plus, il est aussi question d'état de stock. En effet, les vignerons disposant d'un nombre suffisant de millésimes choisiront de garder ces vins exceptionnels pour les autres années, en tant que vins de réserve. Cependant, toutes les années peuvent être millésimées, afin de pouvoir comparer le caractère des vins en fonction des années.

Une vendange qui sert aussi aux vins de réserve :

Une année qui est millésimée offre un beau profil de vendange (tout savoir sur les vendanges). On va donc pouvoir élaborer un millésime, mais aussi garder une partie de cette vendange particulièrement qualitative pour les vins de réserve, nous explique Patrick Renaux du Champagne Soutiran. Il s'agit des vins que l'on garde d'une année sur l'autre, parfois pendant plusieurs années, pour les utiliser dans l'assemblage des cuvées sans année. Ceux issus d'une vendange millésimée seront d’autant plus appréciés pour la composition d’autres cuvées, puisqu’ils seront de qualité supérieure à ceux d’une année sans millésime. Il vont apporter une rondeur et une sucrosité naturelle dont ne disposent pas tous les vins des autres années.

Au delà de dépendre du raisin et du terroir, un bon millésime est aussi le fruit d'un savoir-faire rigoureux.

La clé d'un millésime de Champagne : le travail minutieux du vigneron :

Un millésime est fortement lié à la notion de temps, d'une part, parce qu'il s'agit de la récolte d'une unique année, mais aussi parce que ce sont des Champagnes qui vieillissent et peuvent être gardés en cave plus longtemps.

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Prendre le temps de faire un millésime :

La date de vendange est décidée par l’interprofession et marque le début des travaux de récolte, les vignerons étant libres de commencer un peu plus tard, au moment qui leur semble offrir la meilleure maturité du raisin. Ils effectuent une sélection de parcelles, dont ils connaissent déjà plus ou moins la qualité par leur exposition et leur âge.

Ensuite, la décision de faire un millésime ou non est prise au moment de la dégustation des vins clairs. En effet, selon Olivier Michel, du Champagne Jean Michel, il faut attendre de goûter les vins pour connaître leur caractère. On ne peut pas toujours se fier aux vendanges, puisque c'est la vinification qui va révéler le potentiel d'une récolte.

Enfin, la législation impose pour un millésime un vieillissement de 3 ans à partir de la date de la mise en bouteille, contrairement à 15 mois pour une cuvée non millésimée. Chez nos vignerons, le vieillissement d’un millésime est souvent plus long. Chez Guy Charlemagne par exemple, après être restées en cuve entre 8 et 10 mois, les cuvées Mesnillésimes vieillissent entre 8 et 10 ans et les cuvées Charlemagne 4 ans. Chez Soutiran, le millésime 2008 vieillit sur lattes pendant 6 ans.

Un Champagne de qualité, parfait pour la garde :

Patrick Renaux nous explique que si le vieillissement est plus long, la capacité de garde (durée pendant laquelle le consommateur peut conserver son Champagne en cave) est elle aussi un peu plus longue. En effet, pour pouvoir garder un Champagne, il faut que la cuvée exprime ses arômes, donc que le raisin qui la compose soit relativement mature. Il faut aussi que le travail de vinification soit minutieux et parfaitement maitrisé. C’est le cas des millésimes de Champagnes. On va chercher à avoir un équilibre entre le sucre et l’acidité, avec un fruité qui s’exprime dans des vins élégamment élaborés.

L’évolution des arômes au fil des années :

Durant le vieillissement mais aussi une fois dans votre cave, les Champagnes ne vont pas vieillir de la même façon en fonction du cépage dominant, mais aussi en fonction de leur âge.

En effet, chaque cépage va avoir ses arômes propres. Le Chardonnay va être plus frais et minéral, tandis que le Meunier apporte de la rondeur et des arômes fruités. Le Pinot Noir quant à lui offre la structure et le corps dont le Champagne a besoin. Cependant, ces arômes ne vont pas être figés par le vieillissement mais vont évoluer dans la bouteille.

Plus précisément, le Chardonnay, dans les 3 premières années du vieillissement, a des notes florales, crayeuses ou d’agrumes. Cependant, durant les 3 ou 4 années qui suivent, les arômes vont évoluer vers des notes plus subtiles de viennoiseries, de brioche, pour finir vers 8 ans de vieillissement sur du pain grillé, voire du pain d’épices.

En ce qui concerne le Meunier, il va être plus tendre durant les premières années sur des arômes de fruits jaunes comme l’abricot, la pêche ou la pomme. Il va ensuite évoluer sur des notes de miel, de fruits confits ou de noix, pour arriver après 6 à 8 ans de vieillissement sur des arômes de sous-bois, parfois de cacao.

Enfin, le Pinot Noir va apporter des arômes de fruits rouges essentiellement, comme la cerise, la framboise, mais aussi des notes florales comme la rose ou la violette. On peut aussi avoir des notes de fruits noirs comme la mûre ou la myrtille durant les premières années de vieillissement. Ensuite, ils évoluent sur des arômes plus sauvages de fruits, de figue ou de noisette, pour finir au bout de 6 à 8 ans sur des fruits secs.

Puisque les arômes évoluent durant le vieillissement, qui est d’ailleurs plus long pour un millésime, il faut choisir le moment le plus opportun pour la dégustation, en fonction des arômes que l'on souhaite retrouver lors de la dégustation.

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Un Champagne d’exception :

Fruit d'un raisin parfait et d'un savoir-faire maitrisé, les millésimes de Champagne sont des cuvées uniques. Nous vous révélons ce qui en fait des Champagnes si particuliers...

Pourquoi paie-t-on plus cher un millésime de Champagne ?

L'écart de prix s'explique surtout par le fait qu'un millésime bénéficie d’un effet de rareté, nous explique Patrick Renaux. Produit en faibles quantités, il n’est, de plus, pas produit tous les ans. En effet, si le vigneron fait un travail rigoureux, il ne millésime que les très bonnes années de récolte. Aussi, un Champagne millésimé va être d’autant plus précieux qu’il va conserver sa fraicheur et son élégance dans le temps. Le vieillissement est plus long, le vin est mature et sa qualité ne se dégrade pas.

Par ailleurs, seulement 5 à 6 % de la production de cuvées est millésimée. Bien que les vignerons puissent produire 90 % de millésimes grâce à la quantité de raisins exceptionnels, ils ne le font pas, afin de préserver cet effet de rareté dont le millésime bénéficie. En effet, cela leur permet de ne pas empiéter sur les autres cuvées sans année, qui sont la signature du vigneron. Leur goût reste régulier d'une production à une autre, tandis que celui d'un millésime est différent selon l'année. Les clients peuvent donc se fier à une cuvée sans année pour retrouver un goût régulier au fil des ans.

La singularité d’un millésime :

« Ce qui est intéressant, c’est que toutes les années se suivent et ne se ressemblent pas. » - Philippe Charlemagne

Sur un brut sans année, on va avoir une continuité au fil des années, puisque c’est un assemblage de plusieurs années, alors que pour un millésime, on a les caractéristiques pures de l’année. Pour les dégustateurs, l’intérêt est que les vinifications d’un même vigneron, d’une même parcelle, d’un même pressoir, vont être très différentes suivant l’année. 2003, par exemple, était une année atypique, très chaude, avec peu de raisins et une forte concentration en sucre, ce qui a permis de produire des vins un peu moins frais, moins vifs, très bons au bout de 6 ou 7 ans mais qui perdent un peu de leur fraicheur au bout de quelques années. A l’inverse, les années 1988 ou 1996 ont donné des Champagnes plus vifs, fermés et durs à boire. Si l'on prend 2012, l’année fut spéciale, très minérale, austère et franche. En revanche, elle exprimera son potentiel au bout de quelques années seulement.

Quelques années marquantes :

Si toutes les années ne se ressemblent pas, certaines marquent parfois les esprits. 1988, 1996 ou 2002 ont été pour Philippe Charlemagne des années atypiques, où des conditions climatiques exceptionnelles ont été réunies, sans maladie. Les vins produits ces années-là ont par conséquent beaucoup de sucre tout en gardant une belle acidité et une belle fraicheur, ce qui permet de les laisser vieillir.

Pour les années les plus récentes, un classement est établi en fonction de la qualité moyenne du raisin d'une année en Champagne. Mais il ne faut pas oublier que le terroir et la vinification influent aussi la puissance finale d'un millésime de Champagne.

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Comment servir un millésime ?

Il n’existe pas de règle universelle pour servir un millésime. La meilleure façon de le déguster va encore être celle que préconise le vigneron lui-même, connaissant parfaitement le potentiel de sa cuvée et donc la meilleure façon d’en savourer tous les arômes. Cependant, selon Patrick Renaux, si un brut sans année se consomme plutôt frais (entre 6 et 8 degrés en général), un millésime peut être dégusté quelques degrés au-dessus (de 7 à 9 degrés), voire à 10 degrés pour des millésimes particulièrement atypiques, se rapprochant des vins de Bourgogne. Il préconise de le servir dans des flûtes plutôt larges, ce qui permet au vin de s’aérer et donc au consommateur d’apprécier toute l’évolution aromatique.

Carafer un millésime, c’est possible ?

Pour ce qui est de carafer un millésime, Patrick Renaux nous affirme que c’est bien possible, à condition de ne pas le faire sur des Champagnes trop jeunes. En effet, on en appréciera d’autant plus l’effet si le carafage se fait sur un millésime plus expressif, plus mature. Dans ce cas, on peut laisser s’ouvrir le vin une dizaine de minutes, pas plus, dans une carafe, après l’y avoir versé délicatement afin d’éviter le dégazage et donc de perdre l’effervescence.

Comment accompagner un millésime ?

Enfin, une fois encore, Patrick Renaux nous explique que le mieux est de se référer à la fiche de dégustation afin d’y trouver les recommandations du vigneron lui-même. Cependant, pour un millésime dans lequel le Chardonnay domine, on peut plus facilement se tourner vers une cuisine légère comme des poissons maigres, alors que l'on peut déguster un millésime dominé par le Pinot Noir sur des mets plus riches en arômes comme les viandes en sauce ou les fromages.

Découvrez nos millésimes :

Si vous souhaitez savourer les délicieux millésimes des vignerons que nous avons interviewé, plusieurs choix s'offrent à vous.

Guy Charlemagne vous propose deux cuvées millésimées : la Mesnillésime 2005, ainsi que la Charlemagne 2010, toutes deux des blancs de blancs à base de Chardonnay Grand Cru, issus de la Côte des Blancs, du Mesnil-sur-Oger notamment.

Le Champagne Soutiran, pour sa part, vous propose actuellement un millésime 2008, résultat d’un savant assemblage de 50 % Chardonnay et 50 % Pinot Noir, le tout Grand Cru, issus du village d’Ambonnay.

Enfin, Jean Michel propose de nombreux millésimes : la Carte d'Or de 2009 en brut, un Blanc de Chardonnay de 2008, la cuvée Les Mulottes 2006 qui est un blanc de blancs issu d'une seule parcelle, un Blanc de Meunier 2008, la cuvée CEP de 2013 et le Rosé de Saignée de 2006.

Vous pouvez aussi découvrir les millésimes de nos autres vignerons, finement sélectionnés par l'équipe Ambassade 1927.

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